Vaulx-en-Velin

Publié : 9 août 2023 Mise à jour : 29 août 2023
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7 monuments remarquables : Usine Tase

L’Usine Tase 1924 -Vaulx Sud  

Point histoire :

C’est le Comte Hilaire de Chardonnet qui inventa le procédé de fabrication. D’abord appelée la soie artificielle, puis la rayonne en 1924, elle a été créée pour répondre à la demande très forte de tissus semblables à la soie, mais plus économiques. La rayonne était utilisée à la fabrication de sous-vêtements féminins et masculins, robes, doublures de costumes, dans l’ameublement, dans la fabrication du fil de pneu, etc.

La fibranne, autre procédé plus résistant, (on pouvait le mélanger à la laine et au coton) était surtout utilisée pour la fabrication de vêtements plus chauds, et dans l’industrie, comme le revêtement des automobiles. La filature n° 1 fut installée dans l’usine en 1925 en présence de Madame Gillet qui en était la marraine.

Description architecturale :

La forme de l’usine a connu une évolution suite au projet urbain du Carré de Soie. Actuellement l’usine a une forme en L et se compose d’un corps principal au Sud et d’une aile à l’Est, où lui sont accolés des ateliers en shed en rez-de-chaussée. À l’arrière, bordée par les deux corps de l’usine et sur un axe Nord-Sud, une vaste esplanade arborée a été aménagée. Elle débouche à son extrémité Nord sur l’ancien Château d’Eau de l’usine tout en béton.
A l’origine, l’usine a une « superficie de 55 000 m² (35 000 m² en rez-de-chaussée, 9 800 m² au 1er étage, 9800 m² au second étage) », et « présente une forme en U » avec deux ailes et un corps principal ainsi que deux cheminées.
Les bâtiments comportent deux étages et reposent « sur un système constructif type poteau-poutre » permettant ainsi de libérer l’espace et de disposer de larges plateaux pour l’installation d’immenses chaînes de filature pour la production du textile artificiel.

La façade Sud inscrite au titre des Monuments historiques « constitue un exemple remarquable d’une architecture de style Tony Garnier à la fois industrielle, monumentale et urbaine. »

L’organisation générale et le décor de la façade principale se caractérisent à la fois par un raffinement : « une architecture aux lignes épurées et rythmées par de grandes baies favorisant un apport de lumière naturelle […] », celle-ci comporte des trumeaux*, des acrotères* mais aussi par une rigueur géométrique : « un système tramé plus complexe ponctué par 4 avant corps rythmés par de larges baies carrées », l’aspect est « très rigoureux, orthogonalité*, vitrage maximal. »

Trumeau* : un trumeau est la partie d’un mur, d’une cloison comprise entre deux baies
Acrotères* : les acrotères sont des socles (piédestaux) soutenant des ornements, disposés au sommet ou sur les deux extrémités d’un fronton.
Orthogonalité* : En géométrie classique, l’orthogonalité est liée à l’existence d’un angle droit. Dans l’espace, on dit que deux droites sont orthogonales si elles sont chacune parallèles à des droites se coupant en angle droit.

À l’Est de la façade, le premier avant-corps, les Grands Bureaux, offre « un traitement plus affiné (ampleur de des vitrages, finesse des menuiseries) dans un style Art-Déco […] ». On observe : « l’emploi de courbes d’acrotères surdéveloppées et d’une axialité renforcée. Il est de facture plus soignée : couronné par un attique et ajouré par 3 travées de baies légèrement cintrées. »

Extraits du dossier d’œuvre architecture IA69001181, Halitim-Dubois Nadine, Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, 2007

L’usine TASE s’inscrit dans un mouvement de l’architecture moderne européen et international où des usines monumentales sont construites. La modernité architecturale des usines du début XXe siècle va se traduire par les volumes monumentaux, des formes géométriques simplifiées ainsi que par leur répétitivité, le plan en double huit du Lingotto de Turin et le plan en U à l’origine de l’usine TASE.

Les usines marquent l’imaginaire par leur esthétique moderne en employant à très grande échelle de larges baies vitrées rendues possibles par l’invention de l’ossature orthogonale en béton armé. Une ossature qui remplace les murs porteurs et allège enfin les façades.

La création du toit-terrasse abolit l’emploi des sheds*. Cette innovation contribue à son tour à renouveler l’image de l’industrie. L’exemple le plus avancé est le Lingotto de Turin qui comporte une piste d’essai de voitures sur son toit-terrasse.

Un shed*, également appelé toiture à redans partiels, est une toiture en dents de scie formée d’une succession de toits à deux versants de pente différente, le plus court étant généralement vitré, couvrant en général un atelier industriel.

La modernité architecturale est liée au progrès technique qui sera mobilisée pour la communication et la vitrine des industries émergentes au début du XXe siècle. L’architecture industrielle est traduite en logo au service de la communication des industriels comme l’AEG Turbine Halle à Berlin.

 

Zoom sur l’architecture  

Perspective de la façade Sud inscrite au titre des Monuments Historiques – Source Devillers et associés

Façade des Grands Bureaux – source Romainbehar, créative Commons 2021-09-19